Du panier Bio, local et solidaire à l’agriculture de demain, les Jardins de Cocagne innovent.

Directeur national du Réseau Cocagne, Jean-Guy Henckel a créé et développé le concept du Jardin de Cocagne, site de production maraîchère solidaire et de distribution de paniers de légumes Bio en circuit court, au début des années 90. Depuis, les Jardins ont essaimé un peu partout en France. Avec 130 Jardins actifs, le Réseau Cocagne est aujourd’hui un acteur majeur dans le secteur de l’insertion par l’activité économique. Soutenu cette année par la Fondation Entreprendre, le Réseau Cocagne compte déployer à présent un programme de développement de l’essaimage des Jardins alliant innovation et R&D. Questions à Jean-Guy Henckel sur l’avenir du Réseau.

 

A quels enjeux est confronté aujourd’hui le Réseau Cocagne ?
J-G.H : Notre environnement, celui de l’insertion par l’économique, est en mutation. En ce qui concerne nos publics bénéficiaires tout d’abord, de nouvelles formes de pauvreté apparaissent. C’est notamment le cas des femmes seules en situation de grande précarité de plus en plus nombreuses. Nous devons donc nous adapter à ces nouveaux publics. Une autre mutation importante concerne les pouvoirs publics au sens large, collectivités territoriales comprises. Ceux-ci doivent faire face à une augmentation des populations en difficulté, cela malgré une diminution des ressources disponibles. Du coup, il est indispensable pour un réseau tel que le nôtre de rechercher de nouvelles sources de financement, notamment en nous rapprochant des entreprises. La dernière grande mutation concerne le marché du panier de légumes distribué en circuit court. Lorsque nous avons lancé notre offre dans les années 90, nous étions les seuls ou presque sur le marché. Aujourd’hui, le circuit court à la cote et l’offre est pléthorique, même si nous continuons à nous démarquer en garantissant notre offre Bio, locale et solidaire. Nous devons à présent mieux communiquer auprès du consommateur.

 

Comment préparez-vous l’avenir du Réseau Cocagne et de ses Jardins ?
J-G.H : Après 5 ans d’études et d’analyses, nous avons conçu un plan de développement articulé en 3 axes et répondant aux nouvelles problématiques : financières tout d’abord, logistiques et techniques ensuite et enfin, partenariales.
Pour rechercher de nouveaux modes de financement d’abord, le Réseau Cocagne est devenu un groupe comprenant une société commerciale et un fonds de dotation. L’association reste cependant au cœur du dispositif. Il s’agit avant tout de nous doter des différents canaux permettant de lever de nouvelles ressources.
Le deuxième développement majeur du Réseau repose sur la création de la Maison de Cocagne à Vauhallan dans le 91. Le lieu n’a pas été choisi au hasard, notre projet s’inscrit dans le vaste chantier du grand pôle dédié à la recherche et à l’innovation sur le plateau de Saclay. En nous installant aux côtés d‘entreprises et de grandes écoles, notre message se veut fort : la recherche et l’innovation ne concerne pas uniquement la technologie, elle concerne aussi le secteur agricole ! Le Jardin du Limon représente 20 hectares d’exploitation maraîchère potentielle. Il est conçu pour devenir le site pilote d’expérimentation et de R&D du réseau des Jardins de Cocagne. Il abritera également le futur centre de formation nationale des créateurs et encadrants de Jardins. Nous comptons ainsi doubler notre offre de formation à termes. Le site accueillera aussi le siège du Réseau Cocagne et ses équipes opérationnelles.
Troisième axe de développement, nous comptons développer et encourager la création d’un club d’entreprises dans chaque Jardin de Cocagne. L’objectif est d’encourager le rapprochement Entreprise-Jardin. L’apport est considérable en termes de mécénat de compétences et/ou financier, de débouchés possibles pour nos publics en insertion, etc.

« Je suis convaincu que les activités d’insertion les plus pertinentes sont celles qui seront co-construites avec les entreprises. Il y a aujourd’hui une vraie prise de conscience de la responsabilité sociétale de tous les acteurs économiques. On n’est plus dans la juxtaposition des acteurs mais bien dans la complémentarité. En tant qu’acteur d’insertion, nous nous positionnons comme partenaires de l’entreprise. La question n’est plus de savoir ce que l’on peut faire pour nous, mais bien de ce que vous, entreprises, attendez de nous, associations. »

 

En quoi le soutien de la Fondation Entreprendre est important pour le Réseau ?

J-G.H : Ce soutien est important pour nous car il permet la poursuite de l’essaimage des Jardins en France mais aussi le développement de nouvelles activités complémentaires à la distribution classique de paniers. Cette année, sur les 5 nouveaux sites ouverts, 4 concernent ces nouvelles activités : la création d’une conserverie coopérative à Marcoussis (91), le développement d’une activité de production et distribution de fleurs bio, locales et solidaires en Île-de-France, la mise en œuvre d’un partenariat pour l’entretien d’un verger au sein du Parc National de Port-Cros dans le Var ainsi que le lancement d’une activité de restauration collective dans les Côtes d’Armor. Le travail d’accompagnement et de formation des porteurs de projets de création de Jardins s’est ainsi enrichi du développement de programmes innovants tels que la restauration collective ou classique, les plateformes régionales de distribution de légumes Bio, les conserveries ou encore, l’agriculture urbaine. L’objectif pour le Réseau est de capitaliser sur chaque projet pilote afin d’en dégager un modèle économique et organisationnel duplicable partout en région.

Crédits photo: Andrew Mc Leish