Le 13 janvier 2026
Lauréats du programme Entreprendre sa Liberté de la Fondation Entreprendre, les Foyers Matter, Réseau Entreprendre Rhône et Ascension vers l’Insertion ont lancé Agir & Liberté, un projet inédit qui relie accompagnement social, sensibilisation puis accompagnement à l’entrepreneuriat et mentorat en détention puis à l’extérieur. Ce dispositif construit des passerelles concrètes entre le dedans et le dehors, mobilise des chefs d’entreprise engagés et ouvre de nouvelles perspectives aux personnes placées sous main de justice. Rencontre avec Marine Tocco et Estelle Allègre, porte-paroles du projet.
Pouvez-vous vous présenter et nous parler du projet “Agir & Liberté” ?
Marine Tocco : Je suis responsable du pôle justice et cohésion sociale aux Foyers Matter. Estelle Allègre : Je suis la chargée de mission qui pilote le projet Agir & Liberté.
Agir & Liberté est un projet tripartite mené en Auvergne–Rhône-Alpes, en partenariat avec Réseau Entreprendre Rhône et Ascension vers l’Insertion (AVI). Chacun apporte une brique essentielle :
Concrètement, nous proposons une action collective et individuelle en plusieurs étapes : des ateliers en détention pour sensibiliser à l’entrepreneuriat, un accompagnement individualisé qui se poursuit en détention et à l’extérieur lorsqu’il y a sortie ou aménagement de peine, afin d’éviter toute rupture entre le “dedans” et le “dehors”. Ce fil conducteur est essentiel pour créer une continuité et une relation de confiance.
Grâce à Réseau Entreprendre, des chefs d’entreprise s’engagent pleinement : ils interviennent déjà en détention lors des ateliers, puis pourront bientôt rencontrer individuellement les participants concernés au parloir et les suivre une fois dehors. Estelle Huard, directrice de Réseau Entreprendre Rhône, s’assurera de la cohérence et de la fiabilité du parcours pour le bénéficiaire.
Qu’est-ce qui vous a motivés à rejoindre le programme Entreprendre sa Liberté ?
Plusieurs petites étincelles existaient déjà, mais elles n’avaient jamais été reliées entre elles. Nous avions identifié un vrai besoin chez les PPSMJ : l’envie d’entreprendre était là, mais sans interlocuteur pour les aider à structurer cette idée.
Le président des Foyers Matter, Marc Renart, lui-même chef d’entreprise et membre de Réseau Entreprendre, avait déjà initié une réflexion sur l’accompagnement des PPSMJ. De son côté, Olivier Finaz (AVI) créait des ponts entre les deux mondes grâce aux randonnées organisées avec des personnes détenues. L’appel à projets a été l’occasion de mettre en lien ces trois histoires et de se demander : Comment innover ensemble ?
Nous savions que ce serait un défi, que nous allions “nager à vue” au début. Mais nous avions aussi la certitude que nous serions accompagnés, que le collectif serait une force. Et cela s’est confirmé : la dynamique entre lauréats, les échanges entre territoires et expertises, la mesure d’impact… tout cela a été une vraie plus-value.
Quels impacts souhaitez-vous générer à travers ce projet ?
Nous agissons à deux niveaux :
1. Auprès des personnes accompagnées
Nous voulons favoriser la reprise de confiance, le cheminement vers la désistance (processus d’abandon de comportements délinquants), le développement d’un sentiment d’appartenance, la projection dans une perspective professionnelle, l’acquisition de compétences psychosociales et une plus grande aisance relationnelle, indispensable dans une posture entrepreneuriale.
2. Auprès de l’administration pénitentiaire
L’objectif est aussi de contribuer à un changement de regard sur la création d’entreprise. Nous souhaitons que l’administration pénitentiaire puisse envisager l’idée que l’entrepreneuriat est un levier crédible de remise à l’emploi et renforcer les liens entre le monde pénitentiaire et le monde économique.
En somme, nous voulons élargir les perspectives d’avenir pour les PPSMJ en leur permettant de se remobiliser grâce à un levier et un accompagnement qui pourraient leur sembler de prime abord hors de portée.
Quel bilan tirez-vous du programme, un an après son lancement ?
Cette première année a été extrêmement riche. Nous sommes partis de zéro : il a fallu démontrer la pertinence du projet, convaincre, ajuster, composer avec les contraintes de calendrier. Mais nous avons réussi à organiser les premiers ateliers en détention fin 2025, et ils ont été très bien accueillis par l’administration pénitentiaire, notamment les conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation, qui orientent désormais des PPSMJ vers nous.
Au fil des ateliers, nous avons pu identifier les personnes prêtes à aller plus loin, et leur proposer un accompagnement individuel.
Pour la suite, nos priorités sont claires :
Nous travaillons aussi à lever des fonds pour pérenniser le projet. C’est un vrai défi, mais nous sommes heureux de voir les lignes bouger. Cela demande beaucoup d’énergie, mais le sens est là.