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Projet Booster

Projet Booster

Le 30 mars 2026

Accompagner des jeunes sous main de justice vers une nouvelle trajectoire professionnelle : c’est l’ambition du projet Booster, porté conjointement par ExplorJob et le Pôle Avenir Emploi Apprentis d’Auteuil au sein de la Maison d’arrêt Grenoble-Varces dans le cadre d’Entreprendre sa Liberté. Rencontre avec Marion Vialle et Marion Pelissier, qui portent ce projet, avec leurs équipes au plus près du terrain.

Marion Vialle (ExplorJob) : Je suis co‑fondatrice d’ExplorJob, avec Philippe Saunier Plumaz, une plateforme qui met en relation des personnes en réflexion sur leur avenir avec des professionnels. Après une rencontre avec une éducatrice de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ), nous avons imaginé adapter ce dispositif aux mineurs incarcérés en créant des ateliers de rencontres entre jeunes et professionnels en milieu fermé.

Nous avons vite constaté chez ces jeunes un goût du risque, de l’initiative, une envie d’indépendance : des qualités proches de l’entrepreneuriat. C’est ce qui nous a conduits à collaborer avec Apprentis d’Auteuil pour structurer le projet Booster en milieu fermé avec des ateliers mensuels animés avec des entrepreneurs. L’objectif est de provoquer une étincelle : montrer qu’une autre trajectoire est possible et que l’entrepreneuriat peut devenir un levier d’avenir. Un suivi plus approfondi est ensuite proposé par Nicolas Golinelli, chef de projet Ouvre-Boite Apprentis d’Auteuil, pour ceux qui ont accroché, avec un diagnostic individuel et un plan d’action pour la création d’entreprise.

Marion Pélissier (Apprentis d’Auteuil) : Je suis responsable du Pôle Avenir Emploi d’Apprentis d’Auteuil en Isère. L’équipe accompagne les jeunes sous main de justice, soit après une sortie de détention, un projet d’aménagement de peine ou une mesure en milieu ouvert orientés par les éducateurs de la PJJ. Chaque année, nous accompagnons environ quarante jeunes.

Les ateliers menés en détention suscitent beaucoup d’envies. Notre rôle consiste à transformer ces envies en parcours concrets : sécuriser la situation sociale, ouvrir des perspectives professionnelles, et permettre aux jeunes d’avancer en cohérence avec leurs obligations judiciaires. Un jeune qui se projette professionnellement adhère plus facilement au suivi de sa peine : cela change profondément sa dynamique.

Myriam Tafer, coordinatrice du dispositif, Faouzi Beji, éducateur et Marc Vaubon, formateur, portent l’action en milieu ouvert : les jeunes sont accompagnés pour sécuriser leur parcours en s’appuyant également sur les autres dispositifs portés par le Pôle Avenir Emploi (logement, santé, situation administrative, accès aux droits, découverte professionnelle, stages, orientation, mobilité). ExplorJob continue d’être mobilisé dans cette phase via sa plateforme de rencontres professionnelles.

Marion Vialle : Nous avions déjà lancé des actions, mais rien de structuré ou pérenne. Nous sentions pourtant un vrai besoin.

Lorsque nous avons découvert l’appel à projets “Entreprendre sa Liberté”, nous avons immédiatement pensé : “il est fait pour nous”. Cela a été l’impulsion nécessaire pour donner de l’ampleur et de la cohérence à ce que nous faisions déjà.

Marion Pélissier : La question de l’insertion socioprofessionnelle est un enjeu important pour les jeunes accompagnés par la PJJ. Le programme nous a permis de consolider les liens entre nos structures, de clarifier les rôles de chacun et de sécuriser un accompagnement pertinent pour les jeunes.

Marion Vialle : Notre ambition est simple : aider ces jeunes à imaginer autre chose que la voie dans laquelle ils se sont engagés. Beaucoup sont perdus, en recherche de repères. La tentation de replonger est très forte.

En leur présentant des professionnels qui racontent leurs parcours, parfois cabossés, on leur montre que rien n’est joué. Qu’ils peuvent bifurquer, rebondir.

Je pense par exemple à un jeune qui a rencontré un charpentier : ce professionnel a trouvé les mots qui ont résonné en lui. Depuis, il s’y réfère comme à un repère.

Marion Pélissier : Nous voulons aussi valoriser leurs forces : leur audace, leur initiative, leur capacité à prendre des risques peuvent devenir des atouts pour entreprendre. Et, inversement, permettre à la société de changer son regard sur les jeunes incarcérés : faire entrer des professionnels en détention, accueillir un jeune en stage, ce sont déjà des actes de justice sociale.

Beaucoup de ces jeunes viennent de milieux très précaires et ont vécu des injustices profondes. Avec un accompagnement adapté, on peut rééquilibrer la balance. Leur montrer qu’ils ont une place dans la société.

Marion Vialle : Nous sommes déjà en train d’imaginer la suite, pour aller plus loin. Ce qui ressort fortement, ce sont les liens privilégiés qui se créent entre les jeunes et les professionnels. Ils donnent envie de prolonger l’aventure : pourquoi ne pas aller vers des formats de parrainage ou de mentorat et d’ouvrir ces ateliers aux jeunes majeurs incarcérés ?

Marion Pélissier : Nous voyons aussi l’importance de développer le sentiment d’utilité sociale chez ces jeunes. Certains se sont engagés dans des actions de solidarité, d’autres vivent des premières expériences professionnelles réussies. Ce qui est très fort : ils vivent des expériences valorisantes, se sentent utiles, gagnent en fierté.

Ce sont ces éléments intérieurs, une transformation intime, qui contribuent à lutter contre la récidive.

Il est important de pouvoir pérenniser cette action au-delà du programme « Entreprendre sa liberté » pour continuer à soutenir l’insertion de ces publics particulièrement vulnérables.