Le 26 mai 2026
500 000 entreprises seraient susceptibles d’être cédées dans les 10 prochaines années du fait du départ à la retraite de leurs dirigeants. Serge Papin, a présenté le 23 avril dernier, le plan d’action de l’État pour soutenir la transmission-reprise d’entreprise. Décryptage avec Patricia Lexcellent, Déléguée générale du Réseau Initiative France.
Patricia Lexcellent : Cela fait plus de dix ans que l’on sait que notre tissu économique va entrer dans une phase massive de transmissions. Pourtant, cette étape reste encore trop souvent perçue comme une fin, alors qu’elle devrait être considérée comme une phase normale – et positive – de la vie d’un entrepreneur.
Le principal frein est aujourd’hui psychologique. Beaucoup de dirigeants ont du mal à anticiper et à préparer leur transmission. Ils craignent de perdre des clients, des salariés ou de dégrader la valeur de leur entreprise. Mais en réalité, la perte de valeur intervient surtout lorsque la transmission est trop tardive, notamment parce que le dirigeant cesse d’investir dans les dernières années.
J’ai eu la chance de participer à la Mission Reprise lancée en 2025 par le gouvernement. Le plan d’action présenté récemment par Serge Papin, Ministre des Petites et Moyennes entreprises, du Commerce et de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, a le mérite de remettre le sujet sur la table. Il contribue à le rendre visible, à mobiliser les acteurs et à mieux faire connaître les solutions existantes. Je pense notamment à la Bourse des transmissions animée par Bpifrance, c’est un premier pas indispensable pour démocratiser la transmission et encourager une meilleure anticipation.
Cependant, une grande partie des opportunités reste encore “cachée”. A ce jour, les acteurs et réseaux locaux sont le plus à même de répondre aux défis de la transmission et de la reprise d’entreprise.
Patricia Lexcellent : Ils sont considérables. La reprise d’entreprise rime avant tout avec maintien d’activité, des emplois et de savoir-faire, en particulier dans les territoires ruraux et les petites villes.
Le tissu économique français repose largement sur des TPE et PME locales : commerces, artisans, entreprises du bâtiment ou de services. Lorsqu’une entreprise ferme faute de repreneur, ce sont des emplois qui disparaissent et souvent un pan de la vie locale qui s’éteint. Une commune qui perd son dernier commerce ou son dernier restaurant perd en attractivité et en cohésion sociale.
La reprise est donc directement liée à la vitalité économique et sociale des territoires. Elle nécessite une mobilisation collective et une coopération de tous les acteurs : collectivités locales, intercommunalités, communautés de communes, chambres consulaires, réseaux associatifs… Nous devons travailler ensemble pour identifier les entreprises à transmettre, anticiper les besoins et faciliter les mises en relation. C’est la connaissance fine du terrain et les réseaux locaux qui permettent réellement la réussite des reprises.
Patricia Lexcellent : Le secteur associatif joue un rôle clé, notamment grâce à son ancrage territorial et à sa capacité à accompagner les repreneurs dans la durée. Nous accompagnons la reprise de 7 500 entreprises par an. D’autres acteurs, comme Réseau Entreprendre interviennent également aux côtés des repreneurs, en leur apportant un accompagnement humain et des solutions de financement, comme le prêt d’honneur. Cet accompagnement est décisif pour structurer des projets solides et sécuriser les financements bancaires.
Mais au-delà du financement, la valeur ajoutée des associations réside dans leur capacité à accompagner et créer des liens. Elles facilitent les rencontres, orientent les porteurs de projet – parfois même en les incitant à reprendre une entreprise existante plutôt qu’à en créer une – et contribuent à fluidifier les parcours.
La réussite d’une reprise repose en effet sur une dimension profondément humaine : il faut une relation de confiance entre cédant et repreneur. Ce “matching” ne peut pas reposer uniquement sur des plateformes digitales ; il nécessite un accompagnement de proximité.
Enfin, le secteur associatif a aussi un rôle à jouer pour élargir le profil des repreneurs, car le repreneuriat peut-être un véritable levier d’égalité des chances. On observe aujourd’hui une diversification très encourageante : près de 40 % des reprises financées et accompagnées par Initiative France sont réalisées par des femmes, et 25% par des jeunes de moins de 30 ans. Cela montre que le potentiel est immense, à condition de faire confiance et d’accompagner ces nouveaux profils.
Le défi de la transmission-reprise est autant culturel qu’économique. Il s’agit de faire évoluer le regard sur cet enjeu, de considérer la transmission non comme une fin, mais comme une nouvelle étape de développement.
Je vous partage deux réussites de reprises d’entreprises, que nous avons accompagnées. L’Atelier Tuffery est un bel exemple de transmission et de reprise familiale pour préserver un savoir-faire unique dans les Cévennes. C’est aujourd’hui la 4ème génération qui a relevé le pari de la modernisation, un pari réussi ! C’est la passion de Béatrice Pommeret, pour le fil, qui l’a poussé à reprendre l’entreprise Bobin Tradition, spécialisée dans la restauration de textiles délicats, anciens ou contemporains.
Faisons de la transmission-reprise un réflexe entrepreneurial, anticipé, accompagné et positif : c’est à cette condition que nous pourrons déployer largement sa réussite !
Votre soutien rend possible l’accompagnement de celles et ceux qui veulent entreprendre pour transformer leur vie et faire société.