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L'entrepreneuriat en zones isolées

L'entrepreneuriat en zones isolées

Le 25 mars 2021

L’équité des chances pour entreprendre dans les territoires isolés est l’un des sujets d’observation qui tient à cœur à Yves Vilaginés. Il nous livre, à la fois, son expérience et son point de vue. 

Journaliste spécialisé sur les questions relatives à l’entrepreneuriat, Yves Vilaginés a participé au lancement de la rubrique « Business » du journal Les Echos en 2011. Il est aujourd’hui le chef de service de la rubrique Entrepreneurs et des dossiers spéciaux*, toujours pour le quotidien économique. Spécialiste de l’entrepreneuriat, qu’il a tenté et qu’il a enseigné à l’Institut Mines-Télécom Business School, il est également chargé de cours en journalisme économique à l’IPJ-Paris-Dauphine.

De l’entrepreneuriat au journalisme

« Je suis moi-même venu à l’entrepreneuriat après une expérience de création d’entreprise. En 2006, j’ai créé un trimestriel sur l’engagement pour lequel j’ai levé des fonds auprès d’investisseurs individuels. Grâce à ce projet, j’ai finalement eu une formation accélérée en business, qui m’a amené de la création à la liquidation ! En tant que journaliste économique, ce parcours m’a permis ensuite de me spécialiser sur les TPE/PME.

L’aventure des Echos a commencé pour moi en 2011 avec la partie Entrepreneurs du site internet. Site communautaire, il est destiné à tous ceux qui entreprennent. Chaque article se doit être utile autant que possible à n’importe quel entrepreneur. Il ne s’agit pas de raconter le beau produit ou la belle idée. Mais plutôt, à travers une histoire ou une belle idée, d’essayer de gratter un sujet transversal entrepreneurial pour que celui ou celle qui a envie de créer puisse y trouver une bonne pratique ou une idée à transposer. Nous diffusons une information service à l’entrepreneur, où qu’il soit, même dans une zone rurale.

Je suis sensible aux notions de périphérie, de territoires isolés, d’égalité des chances, ou plutôt d’équité des chances. Parce que je viens moi-même d’un milieu rural, d’immigrés, modeste. Un milieu dans lequel les gens ont toujours eu l’habitude de prendre leur destin en main, de se débrouiller. J’ai finalement un parcours de transfuge de classe ».

Les forces vives doivent s’engager de façon égalitaire dans l’entrepreneuriat

 « Je suis un observateur de l’entrepreneuriat et en particulier de son écosystème. Depuis 20 ans, l’entrepreneuriat est devenu un sujet important. Les chiffres de la création d’entreprises le prouvent. Le mouvement pour l’entrepreneuriat a commencé dès le milieu des années 90 avec la révolution technologique de l’internet.

Mais aujourd’hui les porteurs de projets les mieux financés sont souvent portés par des étudiants issus d’écoles de commerces et qui viennent plutôt de milieux socio-économiques favorisés. Ainsi, lorsque nous regardons l’origine des créateurs, il n’y a pas beaucoup de jeunes de banlieues.

C’est un constat, nous le savons, l’ascenseur social en France est grippé. La mixité sociale dans ces parcours d’études supérieures n’est pas la norme. Et dans l’entrepreneuriat, c’est la même chose. Or, l’entrepreneuriat aujourd’hui, ce ne sont pas les 10 000 créations d’entreprises qui émergent, ce sont les 800 000 autres. Il y a un décalage entre ce qui est montré, les gens qui réussissent, et la réalité du terrain, avec ceux qui vont monter des entreprises de services à la personne, des boîtes de coursiers… L’enjeu aujourd’hui se situe dans l’accompagnement de ces derniers. Cela fait 10 ans que nous parlons d’accompagner l’entrepreneuriat dans tous les territoires, dans les banlieues, en ruralité, mais cela suppose un travail de terrain beaucoup plus fort. Et d’y mettre des moyens : les chiffres montrent que le nombre de créations d’entreprise ces 2 dernières années a grandi plus vite que l’argent consacré à l’accompagnement.

L’entrepreneuriat est aujourd’hui valorisé, il est montré comme une voie d’épanouissement personnel avec des success stories qui passent en boucle dans les médias. On a donc un afflux d’entrepreneurs, principalement des travailleurs indépendants. Or, on ne s’improvise pas entrepreneur, il faut être accompagné. Mon expérience personnelle m’a démontré que venir d’un milieu rural et populaire, est autolimitant. L’autocensure, le manque d’information ou l’isolement diminuent le champ des possibles.

Si nous voulons que toutes les forces vives participent à la relance, il faudra sortir de cette idée qu’un entrepreneur en banlieue ne puisse créer qu’une boîte de livraison de repas ou une pizzeria ; ou qu’une femme ne puisse se lancer que dans le service à la personne ou la retoucherie !

Aujourd’hui les structures d’accompagnement doivent être au plus près des personnes qui créent, partout sur le territoire et pas seulement dans les grandes villes proches des grands centres économiques et éducatifs. Et la technologie peut y aider. »

* entrepreneurs.lesechos.fr. Dans ce contexte imprévisible, Les Echos se mobilise pour répondre au besoin d’information des entreprises. Les Echos Entrepreneurs est ainsi actuellement accessible gratuitement pour tous.