Grégoire Sentilhes

Grégoire Sentilhes est président et co-fondateur de Citizen Entrepreneurs*, un mouvement dont l’objectif est de rendre l’entrepreneur populaire, et qui rassemble les principaux acteurs de l’écosystème entrepreneurial français (100 000 entrepreneurs, Les Pionnières, AFIC, Croissance Plus, Medef, CJD, Movjee, Ernst & Young, ESCP, ESSEC Ventures). Grégoire Sentilhes, également co-fondateur et président du G20 YES** pour la France, revient sur le partenariat qui unit Citizen Entrepreneurs à la Fondation Entreprendre depuis novembre 2013.

* Créé en 2007, l’association “Les Journées de l’Entrepreneur” est renommée Citizen Entrepreneurs en juillet 2014.
** Young Entrepreneur Alliance.

Qu’est-ce qui a motivé votre engagement dans l’association Citizen Entrepreneurs?

J’ai fait mon chemin de serial entrepreneur entre la France, les États-Unis et la Chine, marqués l’un par un système bloqué, un capitalisme libéral, technologique et financier, et l’autre par un capitalisme émergeant, parfois dirigiste et sauvage. De retour en France en 2003, j’ai été choqué du décalage entre le bouillonnement des entrepreneurs et l’inertie du système français. Petit à petit, la nécessité de réinventer notre modèle de société s’est imposée: dans un monde qui change, technologiquement, sociologiquement, environnementalement, les « gens d’en bas », tous membres de la société civile, innovent, entreprennent, pour s’adapter, quand les gens d’en haut, restent figés dans des institutions imaginées il y a longtemps. Une partie de notre organisation, qui date des XVIIe et XIXe siècles, est devenue obsolète ! Notre meilleure chance de survie consiste à nous adapter, en remettant l’entrepreneur au cœur du modèle économique, social et culturel.

« Tous entrepreneurs » était le slogan de départ de Citizen Entrepreneurs, qui à sa création en 2007 s’appelait la Journée de l’Entrepreneur. Cette journée est devenue une semaine, et cette semaine s’est aujourd’hui propagée dans 160 pays dans le monde, qui célèbrent tous l’entrepreneur la troisième semaine de novembre: c’était inimaginable il y a neuf ans! Il faut dire que nous avons eu beaucoup d’écho tout de suite, notamment grâce au soutien de l’Ambassadeur des États-Unis qui a proposé de contribuer avec un peu de culture entrepreneuriale américaine (même si « entrepreneur is a French word » !). Ensuite nous avons lancé en juin 2010, au lendemain de la crise de 2008, le G20 des Entrepreneurs, cette fois sous le parrainage du Premier Ministre canadien et de Christine Lagarde.

Comment voyez-vous l’avenir de l’entrepreneuriat en ces temps de crise ?

La crise est comme la mer, quand elle se retire à marée basse, elle fait apparaître un nouveau dessin sur le sable: je souhaite qu’elle esquisse un avenir du capitalisme plus humain, plus innovant, à plus long terme. Mohamed Yunus, Prix Nobel de la Paix en 2006 pour son action pour le microcrédit au travers de la Grameen Bank, a démontré que ce qui est important, c’est de faire confiance, de prêter de l’argent, d’accompagner: les femmes infiniment pauvres qui bénéficient du microcrédit de la Grameen Bank montrent non seulement un taux de réussite sans précédent, mais aussi un taux de remboursement supérieur (plus de 98 %) à celui qu’obtiennent les autres banques, pour toutes les autres tranches d’emprunteurs (immobilier, entreprises…).

C’est bien la preuve que la confiance est le résultat d’une volonté! Si on décidait, au lieu de voir l’ampleur des crises, de voir l’étendue des opportunités qui s’offrent en ce début de XXIe siècle? L’immigration choisie et exigente par exemple, si mal perçue en ce moment, a été une force pour les États-Unis dans son histoire. Plus proche de nous, c’est l’immigration qui a offert à la France, en la personne de Mohed Altrad, d’origine syrienne, son premier Prix mondial de l’entrepreneur de l’année 2015. Les Français ont trop souvent un prisme de défiance vis-à-vis de ce qui vient de l’étranger: réconcilions notre culture avec l’ouverture au monde!

Quels sont les objectifs de Citizen Entrepreneurs et en quoi la Fondation Entreprendre prend-elle part à cette action en faveur de ce changement?

Avant tout, la Fondation Entreprendre partage notre vision de l’acte d’entreprendre: il ne s’agit pas seulement d’innover dans la technologie ou les concepts, mais aussi de diriger son entreprise avec une touche d’humanisme. Comme l’a dit Christine Lagarde, l’entrepreneuriat est quelque chose de positif donc de joyeux! Cette touche d’humanisme fait écho dans notre pays, et même au-delà. Parler des entrepreneurs et non des entreprises a été une des clés du succès du G20 des Entrepreneurs !

À l’international justement, 2016 sera une année intense, avec le G20 en Chine début septembre à Pékin. Notre objectif est de sélectionner d’ici avril prochain les 25 entrepreneurs emblématiques pour que la Délégation des entrepreneurs représentant la France soit la plus extraordinaire possible, à la hauteur de la richesse et de la diversité de notre pays! Or quand on regarde les leaders politiques des pays du G20, aucun n’a de passé entrepreneurial. Or c’est non seulement la clé de la compétitivité d’un pays, de sa croissance, et aussi évidemment de sa capacité à créer des emplois. C’est pourquoi il est important de faire entendre la voix des Entrepreneurs… y compris à l’échelle française d’ailleurs.

2016 est l’année qui précède les élections présidentielles: les Français aspirent à retrouver de la confiance, leur dignité économique, de la prospérité, et à faire baisser l’insécurité. Donner l’envie et les moyens d’entreprendre, c’est offrir à chacun les outils pour accomplir ses rêves, l’opportunité de retrouver du sens et de l’espoir!

Citizen Entrepreneurs est une association soutenue par la Fondation Entreprendre.

 

Grégoire Sentilhes, est entrepreneur et président fondateur de la société de gestion de fonds indépendante NextStage, l’un des leaders du capital développement, spécialisée dans l’investissement en fonds propres et pour accompagner la croissance de ETI de demain, français non cotées mais aussi cotées. Grégoire Sentilhes a été directeur général de Screaming Media (qui est entrée au Nasdaq en 2001 et a été rachetée par DowJones en 2005), vice-président marketing worldwide des activités de commerce électronique du groupe allemand Bertelsmann. Il a été le PDG et le co-fondateur des activités internet et on-line du groupe Lagardère à Paris de 1993 à 1996, président et fondateur de SI, une web agency, de 1988 à 1993. Il a travaillé aux côtés de Robert Hersant et a été administrateur du Groupe Hersant de 1983 à 1988. Il a été membre du board de l’Union Internationale des Télecom, de 1995 à 2000 et keynote speaker dans les principales conférences aux États-Unis, en Europe autour de l’internet depuis 1995 et autour de l’entrepreneur depuis 2004. Il fut l’un des quatre experts lors des assises de l’Entrepreneuriat dont la clôture s’est tenue en avril 2013, et est aujourd’hui membre du conseil stratégique du Medef, aux côtés de Pierre Gattaz.